À l’affiche

Atelier d’écriture – mars 2021

Les élèves de l’atelier d’écriture, animé par Mme Duhamel, vous présentent leurs écrits du mois de mars.

Bonne Lecture !

09/03
D’après Le Livre de ma mère, Albert Cohen, éd. Gallimard, 1954

La vie tourne autour de moi tandis que je réalise son décès.
Je l’ai dit à ma mère cet après-midi.
Amim se penche sur mon crâne déformé par la chute, et y dépose un baiser, j’ai trois mois et demi.
Amim me regarde dessiner des falaises violettes et ne peut s’empêcher un sourire que j’aperçois du coin de l’œil, j’ai les seize ans un peu jaunis.
Les saisons défilent parallèlement et ne laisse plus beaucoup de temps à Amim, qui continue à amasser des plumes dans des boîtes, je n’aurai plus jamais l’occasion de les toucher, les souvenirs envolés.
La vie tourne toujours autour de moi tandis que je continue de réaliser son décès, le besoin de sentir la pierre sous mes doigts est entêtant et son parfum dans les couloirs du métro, bouleversant.
Besoin que mes larmes traversent sa tombe pour l’hydrater afin de la maintenir en vie ; les saisons défilent mais pour moi il lui reste toutes les saisons encore à vivre.
Je l’ai dit à ma mère cet après-midi, j’irai lui rendre visite en avril, pour mes dix-sept ans et demi un peu fébriles. 
Aaron Gavois

10/03
Le soleil semble s’avancer ayant, comme pour dessein la destruction de la tranquillité du port Anticie.
George ne peut s’empêcher de le regarder droit en face, craignant le pire. Ce marin promu capitaine de navire a toujours eu l’instinct fin, aiguisé. Et le soleil semble bien trop s’avancer.
Et pourtant, ses compagnons de mer ne font pas faux bond au train-train habituel de la fin d’un débarquement. On parle du retour au foyer, du premier bain depuis des semaines, aux légumes frais préparés en potage qu’on va manger au souper, on rêve du linge propre, du réveil par les cloches de la cathédrale et de l’amour de ses proches. Et tout ça est déjà si proche, comme acquis par l’équipe venant de mettre pied sur terre. Mais George n’est pas serein, il est même terrorisé. La frayeur le tétanise dans son geste, l’homme se raccrochant à son chapeau de la main droite, et à son sabre de la main gauche, comme si un bout de fer pouvait empêcher un soleil de fondre sur le port, comme si un chapeau de corsaire pouvait le protéger d’un anéantissement total. 
A.G.


17/03
Lise entre dans la cabine et regarde le téléphone. On lui a vanté les mérites de cette thérapie téléphonique, que parler aux morts comme on parle à un vieil ami pour prendre de ses nouvelles lui ferait du bien, lui soulagerait le cœur, éclaircirait ses horizons, mais Lise entre dans la cabine et ne fait que regarder le téléphone. Canines saillantes pourtant, elle le regarde comme on regarde un plat exotique peu appétissant, comme on regarde un chien méchant, un piège à ours devant la porte qui empêche de sortir, comme on regarde un pont sur lequel il manque certaines parties, restreignant ainsi le passage. Lise n’a pas confiance. Lise a peur. Lise a peur de se voir dérober une certaine sécurité que lui apporte le déni, Lise a peur de s’effondrer devant l’absence de réponse, ou en prenant conscience qu’elle n’a rien à dire aux morts. Lise préfère être le chien méchant, le piège à ours, le pont sur lequel il manque des planches. La cabine semble être un purgatoire, un endroit entre le souvenir nostalgique et le flou, le trou béant, le néant laissé par les décédés. C’est bien connu, c’est plus difficile pour ceux qui restent. Et Lise a une discussion sans paroles, tanguant sur le pont ébranlé, face au chien, le pied posé dans le piège. Plus un geste, plus un mot, un mouvement de plus et Lise éclate en sanglots.
A.G.

Ce que j’ai gagné, ce que j’ai perdu :

            J’ai gagné, mais pas tout à fait encore…

            J’ai perdu, mais pas tout à fait non plus…

            Je crie ! Ce cri me permet de déverser quelques larmes de regret :

            Ce sentiment puissant, auquel lorsque tu le ressens tu ne peux rien faire.

            Combien de fois faut-il que je me batte avant de me rendre compte que c’est déjà trop tard?

            Seul…

            Combien de temps faut-il que j’abandonne avant de me rendre compte que j’avais encore du temps devant moi ?

            Seul encore une fois…

            Incapable d’insuffler à mon esprit le pouvoir que je voulais tant      refléter,

            Incapable d’obtenir à travers moi-même la qualité qui faisait de moi un être complet.

            Je suis tout et je ne suis rien, tout comme je ne suis rien et tout à la fois.

            Je n’ai rien perdu, mais je n’ai rien gagné non plus.

            Mais qu’est-ce que je suis censé gagné ?

            Et qu’est-ce que je suis censé perdre ?

            Finalement je ne me comprends pas.

Zoé Zhou

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